27 juin 2006
Nuit de Juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser
Parfois même on encourage la chose, posées comme on l'est sur le port de Hell Air la traditionnelle bouteille de vodka qui fait office de limonade et les voiles des bateaux de tilleuls, la tête qui tourne, la conscience qui se dissout, discussions avec des punks à chien qui traînaient là, démonstrations d'affection au chiot noir et attendrissant dont le maître nous explique qu'il s'appelle Anakin et que lorsqu'il fait quelque chose de mal il devient Dark Vador. Le culte de l'ivresse, trois ans que je n'ai plus mené cette vie-là, et pourtant j'y reviens sans mal, tout étant éternel recommencement ternaire. Comme si on se lâchait en hurlements de jeunesse tant de temps contenue et qui revient à toute vitesse nous exploser à la gueule, les milliers de clichés qu'on prend comme pour le prouver devenant de plus en plus flous au fur et à mesure que la soirée avance
sans compter le lendemain où je me suis réveillée couverte de bleus pires qu'à mes pires pogos et le cou raide de morsures - pourquoi ? comment ? Ca devient vraiment, comme je terminais la précédente note, N'importe Quoi tout ceci. On a dix-sept ans et pas grand-chose de sérieux.
22 juin 2006
La Fête de la Musique : toujours un grand moment
Vacarme des rues la foule qui grouille et les sons des différents instruments qui s'entrechoquent, alcool alcool alcool, vodka et whisky avec du coca dans des bouteilles en plastique, puis le bar, trottoirs qui se dérobent, vision qui s'obscurcit, fardeau qui devient plus léger, mais l'esprit reste clair, campement établi à l'Armagique bien sûr, j'entend la voix d'Angel qui me propose de fumer, l'engourdissement de l'ivresse et l'envol de la défonce se mêlent agréablement, j'ai discuté philosophie de l'amour impossibilité des relations aux autres avec des inconnus et banalités avec des fantômes de connaissances passées, et puis ces yeux noirs ironiques que j'ai tenté de fuir au début de la soirée.
J'ai deux trois bleus et une vilaine plaie au coude gauche dont je ne détermine pas la provenance, entonné La Semaine Sanglante dans toute Hell Air, porté des gaillards d'un mètre quatre-vingt yeux obstinément fermés ayant abusé comme j'abusais autrefois, et tout s'est terminé aux Urgences mais pas à cause de moi. Bref, du Grand N'importe Quoi.
19 juin 2006
L'Eté
Je m'applique à affronter mes vieux démons. Me suis promenée dans mon bled sans rien en négliger, ni le cimetière dans lequel j'ai pensé aux photos prises avec Sin, ces innombrables clichés d'adolescence, et au joint roulé sur l'autel de l'unique mausolée avec Clarissa, et non, je n'ai pas honte [j'ai d'ailleurs fait bien pire], ni la place de l'Eglise traversée la tête haute au cas où je croiserai un ou plusieurs de mes ex-accolytes des classes primitives. J'ai arpenté l'Ile de bout en bout en stop. Et j'ai attrapé un vélo pour dévaler les pistes cyclables jusqu'à la plage, cette route parcourue tant de fois avec [...]. Ne penser à rien, pédaler simplement au rythme de Depeche Mode, l'odeur de cheval, de blé, de marais, de fumier et finalement d'océan, des années que je n'étais pas monté sur un vélo, mais l'adage est véridique, ça ne s'oublie pas. Mon corps est juste un peu plus faible et mon souffle un peu plus court. Je suis restée perchée sur la digue un long moment, envie de me baigner, comme avant, mais je n'avais rien pour cela. Alors j'ai pris le chemin du retour, satisfaite. Tout un tas de choses qu'il fallait que je fasse depuis longtemps déjà. Prochaine cible : Hell Air.
Tu avais raison, évidemment. Tout ceci est bien la fin d'une période, même si l'on ne peut encore savoir ce que fut exactement cette période. Ce qu'on sait, c'est que la fin de quelque chose est toujours commencement d'autre chose. Et je suis prête.
16 juin 2006
Plus de justice
Encore ce trop grand nombre de degrés, que l'on parle du fond de l'air ou de l'alcool ingurgité. Mon nouveau mot-clé principal est "étudiante fiesta sexe" ce qui, je trouve, est tout à fait moi. Au moins au trois quarts, en tout cas.
Paris et ses bars tapissés de lumières pour éblouir, émaillés d'images pour ne pas se parler, envahis de musique pour ne plus s'entendre. J'ai fait beaucoup de rêves dont je parlerai ici une autre fois. Je suis néanmoins allée à mes résultats, consciencieusement, dès le matin du jour dit, absence de l'impulsion d'adrénaline traditionnelle au fond du ventre mais j'avais quand même des doutes, à voir comment j'ai géré ce semestre. Devant la Fac, j'ai croisé Le Poète à qui j'ai fait signe de se taire "NE DIS RIEN SURTOUT NE DIS RIEN" et il a pris un air écoeuré qui sait pourquoi et obtempéré. Le rattrapage, putain, je n'échapperai pas au rattrapage. J'arrive à l'échaffaud, là il faut m'imaginer devant les innombrables feuilles de notes placardées en cherchant mon nom, M, ah non plus loin, S, retour en arrière, plus haut, quelle idée d'afficher ça à deux mètres de haut, aha, voilà. A côté de mon nom, le magique ADMISE. Soupir de soulagement, quand même. Et puis juste à côté siège un MENTION ASSEZ BIEN. "Gnein ?" Je cligne des yeux, regarde à nouveau, je ne rêve pas. MENTION ASSEZ BIEN.
Du coup j'ai passé tout le reste de la journée en état de choc. Même pas envie de hurler victoire ou de fêter ça, en fait, assise sur l'escalier, à voir les gens, les acteurs de toute une année, défiler, j'ai réalisé que je m'en foutais.
N'empêche que. Mention assez bien, non mais vous y croyez, vous ? Première fois de ma vie que j'ai droit à ça. D'abord ça fait trop le truc de misérieux, ASSEZ BIEN, j'ai toujours dit que soit on n'avait rien du tout soit on tape au moins dans le BIEN, mais ASSEZ BIEN je suis désolée, c'est franchement gagne-petit. Tout ou rien, toujours, bon sang. Et puis... Ils en donnent vraiment à n'importe qui. Alors quoi, faites la fête, buvez, fumez d'étranges substances, voyagez, faites n'importe quoi de vos études et en bonus la Révolution, et vous aurez une Mention ! En voilà un joli slogan.
07 juin 2006
Pour ne pas sentir l'horrible fardeau qui brise vos épaules et
Chaleur de début d'été, et les Alcools qui défilent en se mariant avec les compagnons de fiesta auxquels chacun est affilié. Rhum-coca avec Angel, Punch avec Clarissa, Vodka-orange avec la Fille Rousse, et lequel pour définir le goût de la soirée que je vais passer avec Sin ce week-end, qui peut savoir. Je vois beaucoup de filles ces derniers temps, de celles qui sont restées, de celles qui sont peut-être intermittentes mais éternelles, et je ne me débarrasse pas de ce petit goût acide au fond de la bouche. Au réveil, j'aimerai beaucoup que l'on cesse de faire vrombir cette tronçonneuse à trois centimètres de mes tempes douloureuses, et il y a ces réminiscences tout au long de la journée, deux filles qui tournoient de manière démente sur du Madonna, haben wir wirklich es gemacht ? Et lorsque cela ne suffit pas, reste cette stupide habitude que je n'ai jamais perdue d'écrire ivre sur des feuilles quadrillées à retrouver lorsque la tête a fini de tourner.
J'assume dignement ma position d'étudiante ayant terminé ce qui de toute évidence et sans démenti possible a été une année mouvementée, et célèbre donc le fait comme elle peut. Disons-le ainsi.
[il y a des fins de soirées plus difficiles que les miennes. Jus d'orange... vraiment ?]
02 juin 2006
Et cet arrière-goût sucréamer dans la gorge
Hier, dernière soirée à Nantes. Point final d'une année en vagues irrégulières et rebondissements étranges consommé au milieu des rires, des cris d'enthousiasme, du bruit et de la lumière du cinéma en compagnie d'une bande d'afficionados d'un certain art Absurde. L'un des plus familiers m'a prise par les épaules et je n'ai pas reculé, alors comment ça va les filles, mais très bien, partiels terminés, enfin, la fête, quoi. Impression d'appartenir à quelque chose, l'espace de quelques heures. Ces discussions avec des inconnus pour lesquels nous sommes les Petites Etudiantes, filmographies personnelles du pire, jamais les sujets ne vont plus loin mais c'est joli ainsi. Le tout relevé par le goût du rhum, que j'ai mélangé au Coca, dosant à la barbare comme à mon habitude, parce qu'en l'absence de vodka il fallait bien s'adapter, et Angel qui fait le choix du whisky, elle. Seulement deux gobelets chacune et nos têtes tournaient et nos langues se déliaient, l'apanage et le fardeau des non-pratiquants, sur le trottoir nous avons échangé des adresses comme en colonie de vacances, môme, avec ces copains de passage dont on sait très bien que jamais on ne reprendra contact avec eux et pourtant. Le familier de tout à l'heure s'exclame sur ma gaucherie - gauchitude - gauchisme ? - bref, je suis gauchère, lui aussi, quel surprise, comme c'est amusant. On s'est dit au revoir, au revoir, à l'année prochaine peut-être, espérons-le. Angel n'arrêtait pas de prétendre être parfaitement nette, elle, mais nos pas étaient chancelant à l'unisson et c'est elle qui s'est arrêté sur la Place et accroupie sur le trottoir pour en tracer cette phrase qu'elle aime tant, Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Lorsqu'on repart, elle remarque à quel point cette soirée était belle, et son ambiance chaleureuse, et ses participants adorables, et je réplique que non, ce n'est que l'amour irrésistible de l'alcool. Quelques heures plus tard, nous serons sur la route, déjà.
