29 septembre 2006
Toujours ces insensés événements...
Je ne supporte plus très bien la solitude. Je ne l'ai jamais aimée, l'être humain n'est pas fait pour vivre seul - ni avec d'autres, d'ailleurs, c'est là tout le drame de notre condition - mais soudainement elle m'est devenue insurmontable. Le revers de la médaille pour avoir passé le plus bel été de mon existence. Je ruminais ces pensées sans aucun réconfort, hier après-midi, ayant un horrible trou dans mon emploi du temps que je n'ai pas réussi à combler. Rester seul chez soi n'aide pas à la productivité, mais cela fait penser. Regrettable et dangereux. L'Eté terminé, ne pas le déplorer, tu savais bien qu'il ne durerait pas éternellement... alcool, contacts, festivals, voyage. C'était beau tout de même.
La seule chose que je regrette de ces derniers mois, c'est de n'avoir pas retrouvé Mercredi comme tant d'autres. Je l'ai cherché mais. Pas vu une seule fois dans cette chère ville. Une autre relation aux fils coupés, définitivement coupés. C'est peut-être mieux ainsi.
[...]
Le portable se manifeste. Bien évidemment, c'est Mercredi. Bien évidemment. Mercredi qui est sur Nantes, Mercredi qui a sa soirée libre, Mercredi qui dort désormais dans la chambre pendant que je tape sur les touches en évitant de faire trop de bruit. Rappelez-moi à l'avenir que tout ce que je souhaite se réalise. Cela me fait penser à cette phrase que j'ai apprise à l'Absurde Séance, "méfie-toi de ce que tu désires... tu pourrais bien finir par l'obtenir"
26 septembre 2006
Life must go on
Retour aux habitudes et réacclimatation à la vie normale en douceur.
Il y a ceux que je retrouve. Mes enseignants de prédilection, Le Poète bien sûr, et son ami principal, Si Longtemps l'étrange, la Fille Rousse, la Revenante, BHL, d'autres encore, intermittents que je n'ai jamais mentionné ici, auxquels je n'ai jamais donné de noms, passagers furtifs qui me saluent, avec qui j'échange deux trois propos, juchée sur mon Escalier, et puis les inconnus, anciens du Mouvement, connaissances de connaissances, contact qui s'établit en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je parle avec beaucoup de gens, en ce début d'année. Mais cela ne va sûrement pas durer.
Mes cours semblent traiter uniquement de la fête, du renversement provisoire de l'ordre établi lors d'occasions prévues à cet effet, de déchaînements spontanés-contrôlés visant au retour au chaos et à la libération des pulsions, de Dionysos, de l'ivresse, et j'allais oublier, de l'Italie. Il n'y a toujours pas de hasard, de coïncidences. Le prof de théâtre grec nous parle des Bacchantes : "vous savez, à l'époque c'était un scandale dans la mesure où les femmes n'avaient pas droit au vin, lorsque les hommes le sentait dans leur haleine le soir ils pouvaient les tuer" Je perçois le regard en coin du Poète. "Qu'est-ce que ces yeux ironiques, s'il te plaît ?"
Ce matin en ouvrant ma fenêtre, le soleil brillait tellement, l'air se chargeait de tant de promesses que je me suis surprise à dire à voix haute : l'été arrive. Et puis j'ai réalisé la stupidité de cette pensée.
15 septembre 2006
Les étranges réapparitions
Triste journée où l'on tourne en rond, claquemurée à l'intérieur, vacances terminées et rentrée pas encore arrivée, le vent et la pluie qui rugissent au-dehors, à lire de vieux livres aux couvertures écornées pour éviter ceux de la longue longue liste qu'on étudiera cette année.
Le portable vibre. Appel inconnu, intriguée, je décroche, au bout du fil une voix connue, elle, qui prononce mon prénom, avec cette accentuation si spécifique, qu'on ne pratique pas ici-bas en France. "Tu vois qui je suis ?" reprend mon interlocuteur "Je ne connais pas tant de gens qui parlent avec l'accent italien tu sais" Rire qui fuse en réponse, son rire que j'avais oublié, bon sang, mais d'un coup tout ce qui s'est passé depuis la mi-août disparaît dans le même éclair que ce qui m'entoure là maintenant et je me retrouve dans une autre ville, un autre pays, le soleil qui tape droit sur le crâne et puis le rouge de l'appart aux dalles disjointes meubles décrépis et vieilles pasta attachant au fond d'une casserole abandonnée sur le plan de travail, la cour intérieure sur laquelle j'avais vue en m'appuyant à la rambarde branlante du balcon mon café à la main le matin, et puis lui, son contact physique facile et son baratin éhonté autant qu'irrésistible, "vous êtes zolies", ses yeux étrangement clairs naviguant sans complexe de l'une à l'autre, j'avais également oublié à quel point on a pu l'adorer, et tout ceci contenu dans un accent chantant par l'intermédiaire des ondes d'un téléphone portable.
Il n'y a que le voyage qui compte, vous savez. Tout le reste, l'avant, l'après, ce qui est entre, cela n'existe même pas. Que cela qui compte, la route, le voyage, au singulier, au pluriel, encore et toujours. Des méandres au creux des reins, et tout ira bien, voilà.
07 septembre 2006
Fin de vacances
Je vaque tranquillement à mon absence d’occupations, vantant à d’autres claviers interposés la saine vie que je mène depuis quelques temps, lorsque, comme exprès pour rendre mes propos ridicules et dépassés, Angel m’annonce une expédition prévue à Hell Air ce soir même. Nous voilà donc bientôt titubantes mais moins gaies qu’à l’ordinaire dans les rues connues par cœur. J’ai retrouvé ma voix et mon odorat mais une toux de tuberculeuse me secoue tout le corps, régulièrement. Quelqu’un me demande à quel lycée je suis, je m’exclame, ai-je vraiment l’air si jeune, il s’excuse, n’a visiblement pas remarqué que je suis plus ravie qu’outragée. Je mange des frites à la moutarde, discute avec le frère d’Angel, compare ma garde à vue avec la sienne, style Anciens Combattants, et puis en baissant les yeux, je réalise que ma main droite est couverte de sang, sillonnée par un étrange quadrillage écarlate et dégoulinant que je contemple un moment parce que c’est joli. Je n’ai pas la moindre idée de ce qui m’est arrivé, et quand on me pose la question, j’éclate de rire, tandis que tout le monde crie ou grimace de dégoût et cherche à me passer des mouchoirs. La bouteille de vodkacoca a disparu, roulé dans le caniveau. Plus tard dans la soirée, je m’arc-boute moi aussi dans ce caniveau, faire sortir le trop-plein pour aller mieux après, trois plombes que je n’ai pas été malade, je me fourre deux doigts au fond de la gorge pour m’aider et je gerbe, gerbe mon enfance perdue, mon adolescence foutue, mon impossibilité aux relations humaines, gerbe la vision de mon père en train de se battre avec ma sœur, et ma mère qui ne fait rien, gerbe cet été d’orgies et de tourbillons de joie éthylique pour mieux distancer la tristesse, dans un grand flot de nourriture à moitié digérée et d’alcool. Je m’allonge dans les bras d’un garçon que je ne connais pas mais qui, lui, m’a déjà vue, même que je portais un chapeau ce soir-là, qui me caresse les cheveux et se montre absolument adorable. Encore plus tard, je suis dans un parking à écouter le Klub des Loosers, TTC et compagnie, et le frère d’Angel me tend un joint que je prends pour chasser ce goût désagréable de ma bouche.
Demain, j’arrête, juré. Non, pas demain, aujourd’hui, dans la mesure où j’ai à peu près autant envie de boire de l’alcool, là maintenant, tout de suite, que d’aller m’engager chez les scouts.
01 septembre 2006
Baise les gens
Je suis malade. J'ai trouvé le moyen d'attraper une extinction de voix carabinée en plein été, un exploit pour le moins ridicule. Me voilà condamnée aux borborygmes à faible puissance, croassements qui me font mériter mon appelation, en agitant les mains comme une poule trop grasse pour s'envoler, si je veux me faire comprendre. Rien ne m'affecte davantage que la perte de la capacité à la parole. Impuissance, frustration, peur absurde que cela dure éternellement, et en plus cela fait mal.
Je m'ennuie.
J'écoute en boucle le Klub des Loosers, depuis notre retour : c'est triste mais je sais que cette fois la pilule ne passera pas réveiller le stupide après quoi passe à l'appart toi et moi on prendra un verre j'aime faire l'amour en étant ivre une manière très profonde d'affirmer ma croyance en la misanthropie tu vois de l'amour à la haine il n'y a qu'un pas non je ne suis pas quelqu'un de très sympathique toutes les rues d'ici semblent avoir une maladie tu peux toujours chercher un sens leur esprit tous convertis ils prient me donnent envie de me trancher la jugulaire en criant BUVEZ MON SANG IL EST CONTAMINE. Je me souviens de l'Italien sursautant légèrement lorsqu'on psalmodiait cette dernière phrase et nous demandant en souriant si, vraiment, on était sûres d'avoir plus de vingt ans.
Nous sommes allées voir un concert de classique à Venise le dernier soir - les Quatre Saisons interprétées par un orchestre à cordes. Le Printemps était gai et enlevé, mais l'Eté déchirant.
