La vie est ailleurs

et je la cherche encore.

24 novembre 2006

Roméo et Juliette VS Nous ne vieillirons pas ensemble

Réveil baigné d'un mauvais pressentiment, de ces jours où la moindre parcelle de notre corps hurle à notre esprit - à moins que ce ne soit le contraire - de ne pas repousser la couette, non, de ne pas se redresser, non, de ne pas y aller. Impression vague que quelque chose va survenir, non pas quelque chose d'obligatoirement négatif, mais QUELQUE CHOSE. J'ai secoué la tête et je suis sortie du lit quand même.

Treize heures. Attente pour un cours avec Si Longtemps et le Poète, sans compter un quasi-inconnu, de ces connaissances de cours que l'on croise depuis trois ans sans jamais avoir communiqué avec, qui fume non loin de nous. Ce qui n'a rien de spécifiquement étonnant compte tenu du fait que nous sommes dans un espace fumeur - mais je m'interroge néanmoins sur la nature de ce qu'il fume. Je secoue la tête, à nouveau, me traite mentalement d'obsessionnelle, juste avant qu'il tende ledit objet du délit à la cantonnade, "quelqu'un qui fume ici ?" Oh bien oui, moi, je fume, en effet. Je laisse ma conscience se dissoudre en longues volutes de fumée en songeant, rassurée, que ce doit être cela l'Evénement Etrange que je craignais plus tôt. Des siècles que je ne me suis pas pointée raide à un cours, c'est niveau lycée cela Raven. Ca m'amuse profondément.

Plus tard, je mange au RU avec Angel, et mon portable se met à hurler. Je décroche, c'est ma mère. "Tiens, bonsoir, ça va ?" "Eh bien..." "Désolée, pas trop le temps, je suis pas chez moi, là, on va au théâtre ce soir, voir Roméo et Juliette." Sa voix, un peu secouée malgré tout. "J'appelais juste pour te dire que j'ai fait interner ton père"

[...]

De toute manière, j'ai jamais aimé le mardi.

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19 novembre 2006

Si l'avortement est un homicide, la masturbation est un génocide !

J'avais vraiment décidé en ce gris samedi de novembre de m'atteler à mon travail, en particulier aux sept cent et quelques pages que je dois avoir lu pour la semaine prochaine.

Mais voilà qu'Angel frappe à ma porte, et que pendant que nous discutons assises sur le tapis, monte depuis la rue un choeur de voix braillant Ah si Marie avait connu l'avortement, on n'aurait pas tous ces emmerdements ! Forcément nous nous précipitons, descendons l'escalier à toute allure, en chemin je réalise porter mes vêtements d'intérieur puisque je ne comptais pas sortir aujourd'hui, j'amorce un mouvement de recul mais Angel me dit ça va tu passes en considérant mon vieux tee-shirt noir et rouge ANARCHY, nous débouchons à l'extérieur et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, nous retrouvons en pleine contre-manif anti-IVG et sous la pluie. Ceux d'en face ont des gueules sinistres, des hommes surtout comme par hasard, avec des pancartes de mauvais goût ornées de foetus et de phrases type Maman je t'aime déjà. On s'amuse bien davantage dans nos rangs, et en plus, nos slogans sont plus drôles. Lorsque les grenouilles de bénitier se mettent à prier à l'unisson, en pleine rue, l'air grave, je crois halluciner. Pour les contrer on se met à chanter La Semaine Sanglante, autour de nous tout le monde est là, tous ceux de d'habitude, bonjours signes de têtes et bribes de conversations échangées, je croise un ami du Combattant à qui je fais la bise, le véhicule du son hurle Zebda, l'ambiance s'alourdit, les deux rangs se rapprochent, la baston menace, chaînes humaines, les CRS arrivent avec bouclier et lacrymo, du côté des anti-avorteurs étonnant non, Angel me prend par le bras et me dit C'était quand même bien l'année dernière, bordel. Je ne te le fais pas dire. Plus tard la manif devient contre le projet de loi sur la délinquance et encore plus tard nous faisons tant de courses qu'au retour je m'écroule quasiment dans le caniveau sous le poids de mes sacs, et c'est le Poète qui me trouve là et m'aide à les porter jusque chez moi.

Quant à Hugo, il attendra un jour de plus.

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17 novembre 2006

Hémoglobinehémorragieassouviruneenvieirrésistiblecetteénergieémerveillante

Allongée la tête légèrement surélevée, j'observe l'aiguille incurvée qui se glisse sous ma peau, pour y introduire un fil noir et brillant. C'est étonnament douloureux, et je serre les poings sur mes mitaines. L'interne est gentil, me décrète qu'il est là pour me soigner non pour me juger, mais cela ne l'empêche pas de me demander Pourquoi. Pourquoi, au fait ? Je me concentre sur la couture pour éviter de répondre, cette curieuse vision des pans de la peau que l'on rapproche comme un ourlet défait à raccommoder, avant de faire le noeud qui termine chacun des points. La plaie est refermée. Six à gauche et trois à droite. Vous avez vu, on vous a réparée, au revoir et bonne continuation.

Il faut vraiment que je parvienne à maîtriser ce pétage de durite qui, au cas où ça ne se serait pas vu clairement, dure depuis le début de l'année scolaire.

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11 novembre 2006

Le Prophète

Le Prophète est un type très grand, très maigre, avec des cheveux longs et une barbe - une barbe, oui - figurant de ceux à qui l'on a jamais parlé mais qu'on connaît de vue pour les avoir croisé régulièrement, à la fac, au ciné, que sais-je, lorsqu'on habite une ville depuis suffisamment de temps, qui, donc, semblait toujours se trouver là où nous allions nous-mêmes, et dont l'apparence pour le moins spéciale, alliée à une attitude associale le poussant à se tenir tout seul dans son coin en se mélangeant rarement aux autres, l'avaient fait surnommer le Prophète par nos bons soins.

Sauf que. Depuis le début de l'année, il discute avec tout le monde, participe aux conversations, rit, est venu nous aborder et surtout s'est rasé, ce qui rend son appellation passablement ridicule. Mais, à la manière de religieuses s'accrochant à leur culte comme au dernier paragon de stabilité dans leur existence, lorsque nous avons baptisé quelqu'un, Angel et moi, nous n'en démordons jamais.

Le Prophète aime les films Absurdes et la musique industrielle allemande, mange des Kit-Kat à longueur de journée mais ne mange rien d'autre. Le Prophète porte une veste style surplus de l'armée américaine avec un badge ATHEEZ-VOUS, des para aux lacets rouges, et est économe en mots. Le Prophète sourit, ramène ses genoux contre son menton tout comme moi lorsqu'il est assis, et pour un Ami de Cinéma, je trouve que nous le voyons franchement beaucoup ces derniers temps. Le Prophète tend la main d'un air quémandeur vers la bouteille calée dans la mienne, deux litres de ce que nous avons passé la soirée à appeler du Coca, d'un ton juste légèrement appuyé ("tu veux du Coca ?") je le traite d'ivrogne, en riant, et il me rétorque "Tant que je n'essaie pas de te peloter au passage..." "HEIN ??? Tu as dit QUOI ??" je ne le saurais jamais exactement car je suis déjà bien partie moi-même et il refuse obstinément de répéter son étrange remarque. Je me renfonce dans mon fauteuil, nous voilà bien, on dirait que sans le savoir on est encore tombées sur un alcoolique obsédé, comme quoi la théorie est vraie, on se rapproche toujours de ceux qui nous ressemblent, même inconsciemment. N'empêche, si j'avais cru ça venant de lui, de quelqu'un qu'on a surnommé le Prophète, quand même. Moralité : il ne faut jamais rencontrer les gens que l'on a l'habitude de regarder de loin.

Mais vous savez quoi ? Lors de cet instant précis où il a saisi le carburant pour en faire descendre une grande rasade dans sa gorge, avec application, c'est là seulement que j'ai commencé à l'aimer. On fréquente des individus d'abord juste comme ça, pour n'être pas seuls, et il y a ce glissement presque imperceptible pendant lequel on se met à les apprécier en tant que personnes. C'est ce qui m'est arrivée avec le Prophète, au moment précis où je me suis fait la remarque que, vraiment, il n'avait rien d'un Prophète.

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02 novembre 2006

De la Science-Fiction, vraiment ?

Hé, euh, attendez, c'était une blague. J'espère que vous l'aviez bien compris, je parle de cette note longue et contraignante définissant une journée désespérante d'ennui et de platitude solitaire, rien n'était vrai, évidemment.

C'est ce que je me dis en pénétrant dans la Cité des Congrès pour le rendez-vous annuel de quatre jours, flânant ça et là en observant vaguement les tableaux, les intitulés, croisant une conférence sur le socialisme et l'utopie, avant de filer dans l'immense salle de cinéma pour un, deux, trois, quatre et plus encore de films, tous de l'ex-bloc de l'Est qui sait pourquoi. C'est ce que je me redis en retrouvant les traditionnels Amis de Cinéma et lorsqu'Angel et moi nous asseyons avec eux sur un moelleux sofa de velours rouge, regardant les privilégiés entrer dans l'espace VIP, avant qu'une autre connaissance spécifique, le Gérant de notre Cinéma de prédilection celui-là, agite les bras à notre endroit "hé, quelqu'un vient aux toilettes avec moi ?" Vas-y Raven vas-y Raven me disent les autres, je me lève en me demandant avec une légère inquiétude quelle raison motive cette demande, mais lorsque je le rejoins il me tend un pass, "Je peux entrer sans ils me connaissent, met ça dans tes poches -" il regarde ma jupe "dans ton slip et tu passes sans problème" petit clin d'oeil et il s'en va. C'est ce que je me répète debout dans l'espace VIP, donc, sirotant un kir-cassis en me souvenant être venue l'an dernier et me demandant avec amusement comment il se fait qu'on trouve toujours moyen de pénétrer dans cet endroit à l'ambiance on ne peut plus masturbatoire, entre artistes se congratulant d'être des artistes et journalistes se félicitant de les comprendre, sans même le souhaiter réellement. Encore une des nombreuses choses que je ne m'expliquerai jamais.

Hier, j'avais beau n'avoir plus ni pâtes ni pommes de terre ni chocolat ni rien de comestible dans le placard, j'ai compté néanmoins trois bouteilles de vodka qui m'entouraient. TROIS. Ce qui fait beaucoup pour une seule personne et 30m². Je vais d'ailleurs en préparer une au Coca tout de suite, pour demain. Mon But dans la Vie, au fond, c'est de la vivre - et c'est déjà bien assez.

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01 novembre 2006

3615 JE N'AI PAS DE BUT DANS LA VIE

9 heures : la chaîne-hifi se met à hurler. Je me lève. Mange des gâteaux Petit Déjeuner.

9 heures et quelques : J'écris quelques pages, juste pour pouvoir dire que j'ai écrit aujourd'hui. Je lis un début de commencement de chapitre de Madame de Staël - que j'emmerde cordialement au passage - pour la même raison.

9 heures 30 : Je me recouche.

11 heures 30 : Je me relève. Prend une douche. M'habille. Du moins cherche à le faire. Dans mon tiroir, il n'y a pas une seule culotte. Il semblerait que j'ai omis cet élément de tenue superflu en préparant mes affaires pour repartir à Nantes. Youpi.

12 heures : Je me fais des pommes de terre sautées.

12 heures 30 à 14 heures : Je discute - si on peut appeler ça comme ça - sur le Net avec diverses connaissances - si on peut leur donner cette appelation.

14 heures : La vaisselle d'une semaine me nargue depuis l'évier. J'hésite fortement à promettre des choses non catholiques à d'autres connaissances, voire à des inconnus, en échange de leurs services dans ce domaine, si grande est ma haine des tâches ménagères. Renonce à l'idée, moins par morale que par manque de courage.

14 heures 30 : Suffit, l'inactivité. Je sors dans l'idée de faire une grande balade. Dehors, il fait froid. Pour la première fois, je réalise qu'on est presque en hiver. D'ailleurs, la trève hivernale commence aujourd'hui même. Bras serrés autour de mon gilet, je déambule dans la ville, sous le soleil blanc. C'est férié, donc rien n'est ouvert. Je finis à l'Eglise. A l'Eglise ? Oui, à l'Eglise, mais pas n'importe laquelle : la Grande Cathédrale de Nantes. Me promener dans ses allées me fait penser à l'Italie et aux quantités d'édifices religieux qu'on y a visités - tellement différents, tellement plus colorés, clinquants, baroques - et me rend triste.

15 heures et des poussières : J'essaie une longue robe rouge dans un magasin, qui me fait envie car je n'ai plus de longue robe. Je remet le vêtement sur  son portant et sors discrètement pour éviter de devoir dire à la vendeuse que je l'aime beaucoup vraiment (la robe, pas la vendeuse) mais que je n'ai absolument pas les moyens de m'offrir ce genre de fringues - de m'offrir des fringues tout court.

16 heures : Je traîne à la FNAC, entame la lecture d'un manhwa dans le coin préposé, renonce.

16 heures 30 : Puisque j'ai épuisé toutes mes possibilités, que le supermarché est ouvert et que par ailleurs il n'y a plus rien de comestible chez moi (même plus de pommes de terre et ça, c'est grave) je fais des courses.

17 heures : Je rentre chez moi, range mes courses. Descend mes poubelles. M'impressionne moi-même.

17 heures 30 : Sur ma lancée, je décide de faire la vaisselle. L'évier fuit, le siphon explose, l'appart est à moitié inondé, ce qui me contraint à interrompre mon activité, mais ce n'est vraiment pas ma faute. Moralité : la route de l'Enfer est pavée d'intentions stupides.

18 heures : J'allume la télé.

18 heures 01 : J'éteins la télé.

Deux heures suivantes : J'essaie de lire. En vain.

20 heures : Je mange des gnocchis quatro formaggi. Et du chocolat à l'orange, histoire de me consoler de toute cette cruauté gravitant dans le monde en général et autour de moi en particulier.

20 heures 59 : Le Poète m'appelle. "J'étais vraiment très excité, j'avais envie de m'acheter des vêtements de femme. C'était comment TTC ?" "Aucune idée."

21 heures 47 : Je crois que je vais aller me coucher.

Heureusement que le festival annuel de Science-Fiction commence demain...

Posté par Delhicat_Raven à 21:47 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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