La vie est ailleurs

et je la cherche encore.

30 décembre 2006

Voilà

Pour la dernière séance Absurde de l'année 2006, Ils ont programmé un film français genre eighties et plaisanteries navrantes à la clé, et le Prophète se pointe avec une bouteille de Coca. Les lumières sont à peine éteintes qu'il me la tend, t'en veux, c'est du vrai Coca ??? je m'exclame, choquée, mais qu'est-ce que tu crois me répond-t-il sur le même ton, ah, quand même, je n'en attendais pas moins de toi. Je n'ai pas compris grand-chose à ce qui se passait sur l'écran, il paraît que ce n'est pas une perte immense. Plus tard, dans un bar, deux filles viennent me voir, "voilà on ne veut pas te déranger mais voilà on est dans ta classe à la fac en fait" ah bon, "et personnellement j'ai essayé de t'aborder déjà mais voilà c'est pas facile" allons bon "t'as l'air intéressante en fait mais voilà très inaccessible aussi" J'essaie de cacher le sourire ravi que fait naître sur mon visage l'utilisation de ce terme, me dis que c'est un échange typiquement alcoolisé ou alors je ne m'y connaîs pas. Plus tard, nous marchons tous trois dans la rue en nous employant à garder le cap, Angel me tient le bras à gauche, le Prophète à droite et je ne suis rien moins que la Reine du Monde.

Voilà.

Pas le temps de réaliser et déjà je suis dans le train direction la Normandie pour les traditionnelles cérémonies au vague souvenir religieux et pleinement consommatrices. Dans la journée, je me laisse entraîner à faire du patin à glace par mes petits cousins - et je vous interdis d'imaginer la scène en ricanant - les emmène voir des machins avec des petits personnages cherchant à sauver leurs proches avec bravoure, leur confie que moi aussi je déteste les légumes en général et les haricots verts en particulier, et le soir, je sirote du champagne avec les adultes en discutant avec eux décoration d'intérieur et problèmes des gardes de nuit des médecins, sans oublier de me réjouir avec ferveur chaque fois que je déchire un emballage à mon nom et découvre une nouvelle horreur qui m'est destinée, et puis le traditionnel coup de fil de minuit du Déserteur, pour lequel mon choix d'appelation est au fond on ne peut plus stupide étant donné sa constance, en bref, je me vois aussi à l'aise dans chacun de ces univers puisque je n'appartiens à aucun. Tout ceci est question d'Adaptation.

Voilà.

(et j'espère, au fait, que vous apprécierez ce subtil decrecendo dans la longueur des titres de ces dernières notes)

Posté par Delhicat_Raven à 19:25 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 décembre 2006

Croisades

Je poursuis un but précis, net et sans ambages, bien que conscient seulement en partie - quand, comme maintenant, je prend le temps d'y réfléchir et non dans les moments où je me donne vraiment la peine de le mener. La peine n'est peut-être pas le terme approprié pour désigner mon ouvrage, mais cela requière de la concentration vous savez pour demeurer fidèle à ce processus de foirage appliqué jour après jour. L'instabilité est sans nul doute mon problème premier, et pourtant les moyens que je déploie pour tout bousiller, balayer du revers du bras ce qui tient sur la table et y revenir ensuite au cas où quelque chose par miracle aurait survécu au massacre, m'impressionne moi-même. Le plus amusant, c'est que plus tout va bien, plus les choses se déroulent exactement comme je l'aurais souhaité, plus mon parcours ressemble à un rêve éveillé, plus je m'acharne. Une certaine constance dans le N'Importe Quoi - j'adore cette formule. Raven ou l'Art de Planter sa Vie.

Un exemple ?

L'exposé que je dois effectuer sur "l'ironie, la parodie et l'intertextualité dans Madame Bovary" se passe le mercredi matin à la première heure. Bien entendu, je m'arrange pour boire comme un trou mardi soir, avec Le Prophète comme souvent ces derniers temps, nous bavardons sur le sens de la vie jusqu'à trois heures et quelques et pour parfaire le tout, renversons la vodkacoca sur mes feuilles - et sur le pc par la même occasion, ce qui vous explique aisément mon absence virtuelle. Je me pointe néanmoins à la fac à l'heure dite malgré mon air de sortir tout droit d'une cellule de dégrisement. Me heurte au Prophète. "Heu, qu'est-ce que tu fais là ?" "Ben tu m'avais invité à voir ton..." "Mais mais mais tu es VRAIMENT venu ???" Alors que le pauvre enfant aurait pu dormir tout son soûl - c'est le cas de le dire - je l'aime bien, lui. Bref, nous sommes à peine installés dans la salle que le prof me fait signe et j'avance vers le tableau comme vers un échaffaud. Vraiment très douée Raven - j'ai dû être un peu trop sincèrement intéressée par ce sujet, le travailler un peu trop longtemps pour ne pas prendre peur et par conséquent construire moi-même ma chute, allez savoir. Sauf que, dès que je prend la parole et commence à me moquer d'Emma, de Charles, de M.Homais, j'oublie la barre dans mon crâne, j'oublie ma peur de gerber sur l'exposé déjà trempé d'alcool, j'oublie à peu près tout sauf le monstrueux Dieu Foule, quarante regards qui me dévisagent et que je dois intéresser, et parfois quand je lève la tête pour les regarder à mon tour et les voit rire à une réplique que j'ai cité j'ai cette étrange et grisante impression de les tenir tous au creux de ma main, quelque chose d'impossible à expliquer - un pouvoir à détenir, si mince qu'il soit, que je voudrais prolonger indéfiniment. Il y a peu de moments où je me sens plus vivante que ceux-là.

Oh, l'exposé ? 18/20 "T-T-B : Pertinent, intelligent, brillant - et amusant... que dire de plus ?"

Comme quoi même une application maximale ne donne pas toujours le résultat que l'on croyait rechercher. J'en arrive à me demander si ce qui m'effraie le plus est de rater ma vie, ou de la réussir...

Posté par Delhicat_Raven à 18:10 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 décembre 2006

Planning serré

AUJOURD'HUI : Madame Bovary

DEMAIN : Le Bel Inconnu.

LUNDI : Arlequin - Marivaux.

MARDI ET SUITE : Sainte Eulalie.

(ceci n'est en rien une liste de mes conquêtes sexuelles à venir, mais simplement la répartition judicieuse de tout le travail que je dois fournir pour la semaine prochaine - voilà ce que c'est de toujours tout remettre au plus tard possible)

Outre mesure, j'aurais aimé qu'on m'explique pourquoi depuis que j'ai ouvert la fenêtre pour éviter d'être tuée par le gaz répandu dans tout l'appart à cause de la motte de beurre que j'ai oublié sur la plaque (je suis toujours aussi douée, oui) j'ai droit à des cris étranges pouvant bien être les cacardements d'une oie, mêlés aux gloussement d'une pintade et autres joyeusetés de basse-cour, qui m'empêchent de me concentrer sérieusement sur la LITTERATURE. Ne suis-je pas supposée vivre dans une Grande Ville, enfin ?

Posté par Delhicat_Raven à 15:01 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 décembre 2006

Nous N'avons Fait que Fuir

la situation initiale de Roméo et Juliette - Raven suce - sans culotte au supermarché - il est contaminé - une vie ailleurs - je fume quinze joints par jour - petits seins lait - pas de but dans la vie

J'aime beaucoup cette association, fatrasie pour employer le jardon de mes études, surtout sa conclusion. Effectivement, j'ai un léger problème, que j'ai détaillé il y a peu entre deux verres de vodkacoca, lors d'une énième cuite que je ne détaillerai pas : cela fait longtemps que j'ai pris le parti de considérer la vie à l'image d'un vaste terrain de jeu, ce n'est pas si sérieux mais c'est néanmoins tout ce qu'on a, et l'idée c'est de foncer à toute allure à travers en se cognant souvent, conséquence logique, aux aspérités et dans les angles et de repartir de plus belle, comme les jouets automatiques pour gamins, vous voyez. Mais actuellement, mon attitude tendrait plutôt à foncer yeux fermés en direction du mur avec comme unique but de s'écraser méchamment contre.

J'appelle ma mère. "Ca va bien ?" "Euh..." Allons bon, quoi, encore ? "J'ai vu le spécialiste ce matin... le cas ne relève pas de la psychiatrie. C'est une dégénérescence" Et concrètement, cela signifie quoi ? "Qu'il n'y a pas d'amélioration possible."

Définitivement, je n'aime pas les Mardis.

Posté par Delhicat_Raven à 16:58 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 décembre 2006

La littérature, c'est dur - surtout le lendemain au réveil

Eurgh.

J'ai assez mal aux cheveux. La sensation de gerbe au fond de la gorge, la tête en coton et les jambes qui vacillent. Je n'ai jamais spécialement aimé les dimanches matins - le reste de la journée non plus d'ailleurs (oui, il est près de midi et demi, et après ? le matin, c'est bien ce que je disais). Et tout ça par la faute de Madame Bovary. Comme quoi certains romans nuisent gravement à la santé et provoquent des états d'éthylisme avancé. Bovarysme et vodkacoca : voilà le résumé de mon samedi soir. Soir allant tout de même dans cette phrase jusqu'à cinq heures du matin bien sonnées.

J'aimerais quand même qu'on m'explique comment du réalisme tout personnel de Flaubert on a pu réussir à faire évoluer le sujet sur le port du Prince Albert et son utilité au quotidien. Et ça, ce n'est que ce dont je me souviens...

Posté par Delhicat_Raven à 12:30 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 décembre 2006

Raisonnements mathématiques pour une littéraire

Situation initiale : je dois faire un exposé sur Madame Bovary, a priori rien d'insurmontable. Sauf que. Oral. Vingt-cinq minutes minimum, et il se trouve que je ne sais absolument pas comment convertir la quantité de feuilles que je noircis en temps matériel que je passe devant une classe à gesticuler en cherchant à être passionnante. C'est un problème. Mais, comme tout les problèmes (ou presque) il est possible de le résoudre.

Solution : trouver un public disposé à entendre mon oral en avant-première, pour que je puisse me faire une idée du temps utilisé et peut-être même me faire corriger sur quelques défauts d'élocution et autres difficultés potentielles. Qu'à cela ne tienne : je fais appel illico à Angel, forcément.

Second problème : elle hésite, se fait prier, n'étant pas en littérature et ayant assez peu d'intérêt pour la vie sexuelle de Madame Bovary, ce que je ne peux en toute bonne foi condamner. Finit par marchander que oui, elle jouera le public, mais à la condition qu'elle ait le droit de boire pendant que je parlerais. Je me récris, mais accepte néanmoins, avec résignation. Et si on invitait le Prophète, pour l'occasion ? Eh bien allons-y pour le Prophète - on l'aura compris - notre jouet favori ces derniers temps.

Troisième problème : le Prophète veut bien venir et boire devant l'ironie dans Madame Bovary, mais en introduisant une donnée supplémentaire : et si Angel et lui faisait le concours de celui qui boira le plus d'alcool pendant que Raven débitera son exposé ? Non mais non, bordel, les potes, ça ne va plus là, c'est une affaire sérieuse Flaubert, quoi. Rien n'y fait : je me retrouve à devoir accepter les termes du contrat.

Conclusion : je sens qu'on va s'amuser...

Posté par Delhicat_Raven à 00:57 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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