La vie est ailleurs

et je la cherche encore.

28 janvier 2007

La fille qui vivait dans un manoir (sic)

Raven, petite idiote. Où cela te mène-t-il ? Une course folle pour se prouver qu’on est toujours la même, qu’on est jeune et que rien n’a changé, pour coller à l’image absurde qu’on s’est imposé il y a bien longtemps qui sait pourquoi, jeunesse et je n’ai pas frappé tous les murs, tout ou rien, l’idéal ou la mort, cet imaginaire épique enfin, et pour se semer du mieux possible comme si on pouvait jamais échapper à soi. Tu ne fais que fuir, et tu nies, tu ne sais faire que cela, nier, leurrer l’univers tout entier et sa propre personne au milieu, se raconter de belles histoires en espérant qu’ainsi la vilaine réalité sera un peu plus à l’exemple des romans mièvres que tu as consommé en trop grande quantité, tu n’es rien qu’une menteuse, tu es une sale menteuse, toi qui t’érige en modèle d’intégrité. Espèce de menteuse, disent les petits enfants, et c’est ce que tu es, connasse d’idéaliste avec cette épaisse brume fichée dans les yeux, pour rester correcte.

Sûre ou quasi-sûre tout ceci n’est, ne peut être qu’une gigantesque blague, j’ai fiché le bout de carton roulé dans ma narine gauche, j’ai obstrué l’autre et j’ai aspiré de toutes mes forces. Au XIXème siècle dans l’iconographie les femmes sont toujours à leur fenêtre à regarder la vie passer, paraît-il.  Narcisse contemplait son reflet à la surface de l’étang et ce qu’il avait peur que la moindre petite chose trouble cette eau si pure, casse le tableau et impose la réalité extérieure, mais cela n’est jamais arrivé et c’est la même destinée que tu vis aujourd’hui, pauvre abrutie. Spectatrice, tu n’es qu’une pauvre spectatrice d’une représentation qui se roule et se déroule en boucle en permanence devant ton expression ahurie, et plus tu souhaites y être plus tu réalises y échapper par cette quête même du cœur du volcan, et comment une chose pareille a-t-elle pu m’arriver ?

Il est rare que de joyeuses pensées se profilent à l’horizon les dimanches soirs. Sois honnête une fois dans ton existence, la vérité c’est que tu as peur, une peur panique, de tout, de rien, de toi, des autres, du temps qui passe, de la régression, du monde, du reste, tu as la trouille ma vieille, une terreur bleue qui t’empêche d’enjamber enfin le rebord pour s’élancer après cette longue attente, ce geste qui semble si simple pour tant et si impossible pourtant. Stupide adolescente manquée qui regarde par la fenêtre, se penche du mieux qu’elle peut et ne voit rien pourtant, sans doute parce qu’elle a les yeux fermés. Un jour ce type nous avait dit que nous vivions dans un monde de princesses et qu’il ne voulait pas être celui qui nous en ferait sortir, mais savait-il vraiment, en avait-il conscience, à quel point il avait visé juste, sans pourtant rien atteindre ?

Lena_songe

En effet, il serait temps peut-être d’arrêter avec cette connerie de mythe.

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23 janvier 2007

De la fin au recommencement

Dernier exam portant sur la dualité dans l'oeuvre du Moyen-Age et d'ailleurs je me sens devenir assez double moi-même en restituant mon cours, une solide migraine naissant à la base du crâne, conséquence sans doute de l'alcool de la veille, je termine, plie le rabat pour cacher ce qui doit l'être et j'ai à peine franchi le seuil de l'amphi dans le sens de la sortie que déjà on me propose un petit pétard Raven pour fêter notre liberté provisoire. Tiens oui ce serait sympa, c'est exactement ce qui me manquait que je rajoute dans mon fort intérieur, ça fait combien ? vingt-quatre heures ? On s'améliore nettement, dis donc.

Enfin, la relâche ne dure pas puisque dès lundi nous sommes de retour sous les néons, et pour couronner le tout le semestre commence par deux chocs :

- La prof d'anglais nous parle anglais.

- Louise Labé n'existe pas.

Et de plus, il fait froid.

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18 janvier 2007

On prend les mêmes - ville, groupe, gens, alcool... - et on recommence

Adage utile pour la prochaine fois :

A Bordeaux

agis en poivrot

(très malin, je sais - mais je tiens quand même à vous signaler que cela peut s'intervertir avec "toxico")

Course effrénée provoquée par cette perpétuelle panique d'être en retard alors que comme toujours nous sommes arrivés juste à temps, en tee-shirt en janvier dans les rues de la ville la bouteille qui me gicle dessus car pas le temps de visser le bouchon et je ris aux éclats, pourtant, alors que mes Docs frappent le bitume avec furie. Une furie qui continue lors du concert, vécu avec un peu plus de lucidité cette fois-ci, pendant lequel j'ai déniché les discrets pogos et hurlé des paroles que je connais par coeur, à force. Angel me prend dans ses bras et je me laisse faire avec complaisance, amusée de ces crises d'affection que l'ébriété provoque chez elle, et songeant à ce que quelqu'un m'a dit cet été, qu'elle m'aimait peut-être davantage que je ne l'aimais. Plus tard, l'appart dévasté et la musique qui beugle de plus belle, les spiritueux qui se succèdent, vodka-coca, whisky-coca - expédition avec un frêle Empereur pour aller racheter du Coca et moi qui m'extasie de ce quartier dans lequel on peut s'apprivisionner passé minuit - rosé, vin blanc, et même absinthe au goût qui me fait grimacer, les substances illicites qui tournent à toute allure, le voisin qui vient gueuler vers une heure parce qu'il a des exams, bordel, et alors, moi aussi et je n'en fais pas un plat pourtant, les dizaines de personnes que je ne connais absolument pas, une fille m'aborde, joviale "Bonjour, Bethléem, enchantée" "euh c'est lequel le prénom dans ces trois mots ?", mon verre explose littéralement et je me retrouve fixant bêtement mes mains ensanglantées une fois de plus, les discussions philosophiques sur la vie, l'art, la révolution, le tapis cradoc sur lequel j'ai passé cette courte nuit, décidant deux choses importantes avant de sombrer : la Jeunesse, c'est cela, d'un, et j'emmerde Kundera, de deux.

Aujourd'hui je déambulais dans Bordeaux totalement stoned à la recherche de la gare lorsqu'une femme souriante, d'un certain âge, m'a arrêtée : bonjour, mademoiselle [zut, je ne sais pas si j'ai des pièces sur moi] en cette période de l'année propice à l'échange des voeux [attend c'est une catho ou quoi] comme le souhaite la tradition [oui bon je suis pressée aussi hein] si vous deviez vous y prêter quel serait le voeu que vous feriez, vous ? Je suis tellement surprise que j'ai une hésitation [plus de fumette, c'est décidé] puis je réfléchis vraiment. Argent ? Etudes ? "J'aimerais... être moi-même. C'est ambitieux, je sais, mais voilà..."

Posté par Delhicat_Raven à 19:30 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 janvier 2007

Mille et unes manières de ne PAS réviser, par Raven

Week-end. Veille d'épreuves primordiales pour la suite de mes études. Un travail sérieux et en profondeur s'impose, donc. Et j'ai tout organisé pour : Angel n'est pas là, aucun livre non-au-programme ni bouteille de vodka qui traînerait sous mes yeux, pas de distractions à l'horizon. Il semblerait que tout est bien parti, des semaines que je retarde ces révisions tout simplement parce que les sujets sont nuls et il n'y a plus d'issue possible. Cette fois, ça va le faire.

- Matin : je me lève. Allume la télé pour regarder un peu les dessins animés, juste quelques minutes, histoire de me mettre en train. Un peu de ludique avant la concentration. Au bout de deux bonnes heures, je songe à bouger. Me laver. Excellente idée. Je prend une douche, donc. Choisis des vêtements parmi ceux qu'il me reste, si peu que j'en suis réduite à porter un caleçon et un pantalon troué aux deux fesses, ce qui est honteux. Me voilà prête. Zou ! révisions.

[...] En même temps, c'est prodigieusement inintéressant, le sonnet en France au XVIème siècle.

Je met de la musique. Cuizinier. Et si je faisais la vaisselle ? Quelle excellente idée. La vaisselle, donc. Il y en a un tel amoncellement dans l'évier que ça me fait de l'occupation un certain temps, tout en me trémoussant sur le rap en agitant ma brosse. Je suis plutôt d'un tempérament léthargique, mais j'ai de brusques phases d'hyperactivité, et quand cela commence, je ne peux plus m'arrêter. Une fois chaque assiette, chaque couvert, chaque casserolle lavés, j'ai un instant de panique, puis me rue sur le téléphone. Je demande à ma mère où peut bien se trouver le balai et la pelle, qui manque d'avoir une crise cardiaque "mais pourquoi tu veux passer le balai ?" "T'occupes". Je raccroche, saisis les outils et les manie du mieux que je peux, sans doute pour la première fois de ma vie. Ce n'est pas évident, au fait, de passer le balai.

- Midi : plus rien à faire dans l'appart. J'envoie donc un texto au Prophète. Ca te dit, un ciné ? Evidemment. Tu penses à quoi ? A une seule chose : éviter de réviser !!! Je suis honnête, au moins. Le portable lâché et le rendez-vous pris, je m'assois, cherche à me concentrer sur mes feuilles. Quand même.

[...] Mais enfin, qu'est-ce que j'en ai à foutre, de Sophocole, Euripide et Eschyle, au fond ?

Des courses. Je vais aller faire des courses. D'ailleurs, je n'ai plus de pommes de terre, preuve que la chose ne souffre aucun retard. Expédition supermarché, donc. Je rentre et classe les aliments par fonction, nature et date de péremption, faisant du même coup le ménage dans le frigo. C'est à peu près l'heure de partir au cinéma. Ce que je fais.

- Fin d'après-midi : Le Prophète et moi sortons du cinéma. Tu veux monter un peu chez moi ? Pourquoi pas. Au bout d'un moment de discussion, je l'invite à dîner. Toujours pourquoi pas. Nous mangeons donc les pommes de terre que je viens d'acheter, discutons encore et encore - mais sans boire - la seule chose, s'il en fût, que j'ai réussi à éviter - et finalement il part peu avant minuit, juste l'heure pour moi de me coucher. Auparavant, j'envoie un résumé des faits à Angel : j'ai fait la vaisselle et même passé le balai, tu imagines. Réponse : je ne peux vraiment pas te laisser deux jours sans que tu fasses des conneries... Un éclat de rire qui termine cette journée inutile.

[Et avoir récupéré le Net ne risque pas de m'aider à focaliser mon attention...]

[N'empêche, mon intérieur est nickel, maintenant]

Posté par Delhicat_Raven à 17:59 - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 janvier 2007

Bien Logée

C'est comme cela qu'on nous appelle là-bas. Bien Logés. Et vous, zêtes SDF ou des bien logés ? La réponse est quasiment contenue dans la question, il suffit de nous regarder pour savoir. J'éprouve un plaisir malsain à savoir que l'on peut très bien avoir un toit une bourse distribuée par l'Etat et être inscrite sur les listes électorales et pourtant se résumer à une appelation en deux mots, des initiales pour les plus pressés. Tout ceci est une question de différence de vision. Et ils n'ont pas la même. Leur univers est différent, là-bas. Là-bas. Où cela, donc ? Non, ce n'est pas si loin, il suffit de traverser deux rues pour arriver sur la Place Royale et son amas de tentes, à Nantes. J'ai campé. Evidemment, j'ai campé. Avec Angel et le Prophète. Evidemment, avec eux. De froides nuits sous la fine toile rouge, qui correspondent à un symbole et non à une réalité puisque l'on sait fort bien que l'on peut rentrer chez soi dès qu'on en a assez, car on en a un, de chez-soi, nous. Sans jamais avoir rien fait pour cela, nous avons Tout. Contrairement à eux, aux autres, ceux qui n'ont pas grand-chose et font pourtant semblant de ne pas nous en vouloir pour ça. Nous nous employions consciencieusement à réviser, l'une Descartes, l'autre Perrault, comme si la situation s'y prêtait en quoi que ce soit, et quelqu'un a vu nos feuilles, souri, s'est exclamé sur le fait que l'on soit étudiantes. C'est bien, vous savez plein de choses. Euh en fait, c'est plutôt qu'on apprend, rectifie Angel, que la définition rend perplexe. "C'est encore mieux alors, vous apprenez, et en apprenant vous apportez aux autres" J'ai trouvé que c'était la plus jolie définition qu'on avait jamais pu faire sur le métier d'Etudiante.

Après cela, l'angoisse de la réussite aux partiels est nettement, nettement relativisée.

Posté par Delhicat_Raven à 18:31 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 janvier 2007

Happy New Year

... au champagne commencée, histoire de varier un peu. Angel m'a offert une petite clé en argent en pendentif. Ca m'a fait penser à la cage d'il y a deux hivers. Cage, clé... cela aurait-il une symbolique dans l'évolution ?

J'ai pris de bonnes résolutions, aussi. Mais si, je vous assure. Rien n'est plus amusant le soir du 31 que de surenchérir dans l'absurde pour trouver ces petites phrases dont on sait très bien qu'elles ne seront jamais appliquées, juste pour de rire  :

- Boire moins.

- Travailler davantage.

- Avoir des relations moins extrêmes, plus "normales"

- Apprendre à gérer mes émotions.

C'est fort, n'est-ce pas ?

Posté par Delhicat_Raven à 10:04 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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