La vie est ailleurs

et je la cherche encore.

30 juillet 2006

Fear and Loathing in Hell Air

Non mais euh, n'importe quoi, Raven. Définitivement. Soit mes doses vodka-coca sont de plus en plus vodkaïsées, soit il y a vraiment quelque chose qui... Je comprends pourquoi lorsque j'ai annoncé, pleine de bonne foi "on rentrera tôt" ma mère m'a tout simplement ri au nez. La conjoncture n'a pas été exactement d'accord. D'innombrables expéditions de la cathédrale au port et du port à la rue Saint-Nicolas, où j'ai retrouvé une connaissance aux cheveux bouclés avec qui avant on ne s'appréciait pas mais que désormais j'aime bien. Ce qui explique sans doute pourquoi je lui ai cassé les pieds assise à côté d'elle avec mes discours très très très alcoolisés une bonne partie de la soirée. Nous parlons de nos pères, évidemment, on y revient toujours puisque c'est l'origine. Marchant dans la rue mortes de rire à un autre moment, Angel devient toujours affectueuse lorsqu'elle a bu, et passe son temps à me tenir par la taille ou à vouloir me peloter qui sait pourquoi - en plus elle m'a renversé quantité du mélange sur les cheveux les vêtements, partout - quant à moi je deviens lyrique, et je récite du Baudelaire. D'un coup nous nous retournons et son frère est là avec ses amis, ce phénomène me plonge dans l'hilarité, là encore personne ne sait pourquoi. J'ai réussi à embrasser un type pour la seule et unique raison que nous avions subi la même opération des oreilles, il aimait bien mon piercing, et comment au juste en est-on arrivé à parler de cela ? Raven ou Comment Embrasser des Flopées d'Inconnus chaque week-end. Nous avons dû passer beaucoup plus de temps qu'il semblait à l'Armagique, puisqu'au lieu de rentrer vers vingt-trois heures comme envisagé c'était plutôt, euh... vers quatre heure en gros. Au milieu du chaos, je garde néanmoins le souvenir d'une étreinte-havre-de-paix qui signifiait un au revoir.

Et pour ceux qui s'interrogeraient, non, je ne suis pas alcoolique.

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28 juillet 2006

Pause nostalgie

Ceux qui suivent mes élucubrations depuis un certain temps se souviendront peut-être. Il y a deux étés, j'ai dû rencontrer une jeunette parce que fille d'amis des parents d'Angel, bref c'est compliqué, mais je redoutais un peu la confrontation, n'ayant par expérience personnelle pas une très bonne image des filles de douze-treize ans, mais elle s'est révélée très sympathique. Et attachante - gentille, curieuse de tout, de longs cheveux épais et des rondeurs d'enfants, vêtue de nippes flottantes aux couleurs vives de baba cool en vadrouille résultant davantage d'une quête d'identité que d'un réel parti pris. Elle m'avait demandé Ce que J'avais aux Bras, son accent du Sud rythmant la phrase, de manière si ingénue. Enfin je l'avais bien aimé, quoi.

Ce doit être pour cela que j'ai failli tomber à la renverse quand je me suis retrouvée devant elle quelques jours auparavant. Parce que désormais elle va sur ses quinze ans. Alors, par quoi commencer... Ses pattes de moustique d'un mètre soixante-dix, qui tremblotent et vacillent et semblent incapables de porter sa masse pourtant si ténue. Ses cheveux taillés à la serpe à la mode actuelle et tellement fins, tellement pauvres, tellement plats. L'ensemble de ses gestes maniérés, cette habitude de se laver les mains dix fois par heure, et cette grimace de dégoût lorsqu'on lui propose d'aller manger une glace. Cette haleine fétide du jeûne lorsqu'elle se penche avec précaution pour faire semblant d'effectuer deux bises en courant d'air. Et surtout son air renfrogné, lointain, qui ne la quitte pas qu'elle soit en train de faire du shopping d'écouter les discussions sans y prendre part ou d'allumer sa dixième clope depuis le réveil une heure plus tôt la moue lassée imprimée sur son visage aux joues creusées aux yeux immenses

Quelquefois le monde me rend triste.

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23 juillet 2006

Et ça repart... si ça avait jamais cessé

Le concert d'hier, qui se déroulait en plein pays des Consanguins - ou, pour employer cette fadasse appelation officielle que lui donne certains, la Vendée - et rassemblait un ou deux gentils milliers de personnes, paraissait un peu miséreux, après Dour. Cela n'aurait pas été bien grave si l'ambiance n'avait pas été aussi violente. Violente ? Oui, violente, ne riez pas - pour que j'emploie cet adjectif il faut que j'ai des raisons. Griffures, bleus, contusions diverses. Je ne crois pas m'être jamais retrouvée au milieu d'un pareil tourbillon de cris de sueur de coups de gens à qui l'on n'a jamais expliqué que les pogos ce n'est jamais que pour RIRE, bon sang, je sais pertinement que ces déflagrations sauvages que j'aime tant ne sont que de bonnes plaisanteries tout comme mes Fight Club improvisés, mais ces putains de Consanguins se croyaient visiblement en mêlée de rugby. Chaussure dans la gueule, je vérifie mon nez, mes dents, mes piercings, tout en me débattant pour respirer, impossible de bouger correctement ici, quelque chose me dépasse. Ils ne donnent pas de gentils coups d'épaules en se trémoussant, ils frappent pour de vrai, de toutes leurs forces, jamais autant encaissé, certains s'amusent même à se jeter sur le dos des gens pour les faire tomber, c'est ce qui m'est arrivée, en un éclair j'ai basculé en avant et personne ne m'avait vue ou personne n'a voulu prendre la peine de me ramasser, des dizaines de pieds qui me marchaient dessus, j'étouffais, recrachant du gravier, peut-être que pour la première fois j'ai vraiment eu peur, et j'ai hurlé, hurlé, avec en tête une image semblable de moi par terre avec impossibilité de se relever, chez les flics et non les Consanguins mais cette même honte, colère et frustration de la faiblesse confirmée, peut-être même que j'ai pleuré mais une voix s'est quand même faite entendre "hé, hé, mais faites quelque chose enfin !" Des bras m'ont saisie par le tee-shirt et remise d'aplomb, "ça va ? ça va ?" une certaine inquiétude reconnaissons-le, regards pour le moins décontenancés quand j'ai replongé dans le chaos, parce que j'ai beau me plaindre j'aurais pu m'échapper et je ne l'ai pas fait, étant d'une bêtise rare par nature. Ca allait tout de même mieux lorsqu'on s'est retrouvées sur la scène et le chanteur toujours le même hein fallait bien les Wampas pour qu'on s'aventure dans ce pays à la con m'a enlacée par la taille, je vais finir par bien l'aimer celui-là.

Et pourtant, depuis l'abandon des lieux pour le retour en voiture jusqu'à franchir ma porte et gagner mon lit, je n'ai eu aucune chanson du groupe dans la tête, mais à la place cette phrase douce et triste à la fois : It's a very very mad world...

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18 juillet 2006

Le Festival de Dour

Un festival, c'est plein... de poussière. Beaucoup, beaucoup de poussière, à donner envie de cracher, faire tousser sans pouvoir s'arrêter, larmoyer les yeux et se sentir plus sale qu'on ne l'a jamais été. La chaleur était quand même moins étouffante qu'ici. Sauf qu'ici ne veut plus dire grand-chose. On l'oublie cet ici, à force d'en partir et sans plus rien prévoir, organisation, questionnement... le téléphone sonne vendredi matin, la voix d'Angel "on va à Dour ce week-end ?" Et donc on y va, enchaînant directement d'avec les Francos. Frites grasses et curieux mets, l'accent qui va avec, dans un autre pays presque sans s'en rendre compte. Mais toujours ces mêmes gens à dreads crêtes piercings et/ou tee-shirts déchirés. Un inconnu de plus m'accoste "Tu as de très beaux bas", je remercie même s'ils me cassent légèrement les pieds à ramasser toutes les herbes folles possibles. Il demande d'où ils viennent, je réponds en toute sincérité que c'est un cadeau de ma môman, probable que cette réponse l'attendrit car il sourit et brusquement, se penche sur moi et m'embrasse le front, j'ai toujours adoré les garçons qui embrassaient le front, il y a quelque chose de profondément touchant dans ce geste, puis m'embrasse tout court. Angel me charrie, on repart. A la découverte du lieu. J'aime bien ces grands grands grands endroits, on passe du rap du KLUB DES 7 au punk, du punk au vieux rockabilly des Washington Dead Cats, de là au reggae, au métal, Punish Yourself, des chapiteaux à la grande scène. Au milieu des Wampas on s'est retrouvées sur cette dernière à bondir comme des kangourous démentes sans comprendre exactement comment, le chanteur inimitable me pose la main sur la joue sous les cheveux, je ris, et déjà l'on redescend.

C'est amusant mais vous savez, en roulant toutes blindes en voiture fenêtres ouvertes avec le vent qui rafraîchit un peu et les Doors qui hurlent sur les routes de Belgique, day destroys the night riders on the storm o show me the way come on baby light we want the world and we want it NOW, il arrive que l'on frôle quelque chose du bonheur.

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14 juillet 2006

Bukowski Girl

Je réalise à parcourir mes notes depuis le mois de juin qu'il y a des chances pour que les quelques-uns qui les lisent soient persuadés que je bois. Ce qui n'est pas totalement faux d'ailleurs. Lorsque je n'écris pas, je bois... lorsque je ne bois pas, j'écris... cela ressemble fort à une vie idéale. Et puis j'arpente les rues d'un pas titubant accordé à celui d'Angel en proclamant des choses sur mon talent et ma future carrière avec la ferveur tonitruante des ivrognes "Bukowski au féminin, je serais !" en oubliant à quel point je déteste ce qu'il écrit - mais ça fournit toujours une bonne excuse à la bouteille de vodka-coca devenue le prolongement de ma main droite. Et si je ne raconte pas ici, c'est que ce que je vis est indicible. Inénarrable. Impossible à verbaliser sans se répéter et dévitaliser. Ce qui pourtant est différent chaque fois.

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08 juillet 2006

[Sorte de suite logique... ]

... mais tout ceci n'a aucune espèce d'importance au fond, vu que. Hier était encore une de ces folles soirées hell airiennes où l'alcool coule à flot et les trottoirs tanguent quelque peu. Vu que nous avons discuté à nouveau avec Anakin/Dark Vador et son maître. Vu que je me retrouve avec deux atebas se dressant fièrement sur ma tête, et dont je n'ai qu'une idée assez floue de l'origine. Vu que je me suis à nouveau attardée auprès d'une paire d'Yeux Noirs qui m'a raconté deux trois trucs sur la vraie vie comment ça se passe, et que je me suis à nouveau ouvert le coude gauche, juste à côté de la plaie précédente, sans bien savoir comment. Vu qu'en quittant la sacro-sainte rue Saint-Nicolas en courant de toutes mes forces, je me suis faite intercepter par un inconnu à la sortie du pont. "Hé, ça ne va pas ?" "Si, au contraire" "Dans ce cas on sourit, mademoiselle !" Je lui rétorque que les GOTHIQUES ne sourient pas, d'abord. "Ah, tu es gothique, cool, on va se jeter dans le port ?" "Sûrement pas, j'ai déjà donné aujourd'hui" et je lui montre mon bout de chair à nu. Il me prend le bras doucement, l'embrasse. "Ca doit être le plus joli geste qu'on a eu ce soir à mon égard" fais-je remarquer. "C'est vrai ? Dans ce cas, je vais en faire un autre" et il m'embrasse.

Vu que je n'ai pas arrêté de croiser ma soeur ce soir-là, et que lorsque j'ai crié son prénom ravie et lui suis tombé dans les bras elle a diagnostiqué aussitôt "holà, tu es ivre, toi" ce que j'ai trouvé assez triste. Vu qu'en partant Angel et moi avons eu un léger accrochage avec la maréchaussée qui nous a fait terminer la soirée dans un endroit non prévu. Vu que j'ai encore l'image de moi foutue par terre et maintenue traînée vers je ne sais où, et puis les marques des menottes au poignet, les dents bien imprimées parce qu'elles me gênaient donc je les ai retirées en les faisant glisser par-dessus mes bracelets, et que du coup ils se sont énervés et les ont remises en serrant davantage "essaie d'enlever ça maintenant Miss David Copperfield" Vu que nous avons passé la nuit dans une cellule de trois mètres sur deux sans fenêtre sans interstice sinon la grille d'aération au plafond et puant la pisse, luttant toutes deux contre la claustrophobie, cherchant à se distraire à se raconter des histoires à chanter pour passer le temps, ce temps tellement distordu lorsqu'on est enfermé là, et tapant sur la porte sans poignée de temps en temps sans résultat. Un truc à devenir fou, et je ne cessais de me répéter cet extrait d'Aragon repris par Ferré "Rencontres Partances hâtives Est-ce ainsi que les hommes vivent" pour ne pas penser à l'autre chanson, celle des Bérus. Vu que je pensais à cette nouvelle que j'ai écrite il y a quelques mois qui se passe dans une cellule, et j'ai réalisé avec amusement à quel point elle était ridicule et fausse. Vu qu'heureusement qu'ils ne nous ont pas séparées, depuis le milieu de la nuit jusqu'au grand matin où le commissariat nous a recrachées dehors sur la grande place et bon Dieu vous ne pouvez pas imaginer ce que c'est beau le Soleil.

Vu que. La nuit en garde-à-vue, on ne l'avait pas encore faite, celle-là...

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07 juillet 2006

Traditionnel repas "en famille"

A table. Tout semble se passer très bien, et d'un coup, sans qu'on puisse situer à quel moment précis, par quel détail en particulier, la folie ne s'explique pas, elle n'obéit à aucune de nos règles, les choses dérapent. Dès que je peux m'en rendre compte, je bondis de ma chaise, monte les marches de l'escalier deux par deux et m'enferme dans ma chambre. Lâcheté. Pure lâcheté. Raven la guerrière quitte le lieu du combat dès que se profilent les premiers avions à l'horizon. Au-dehors, le ton monte inexorablement. Très vite, des hurlements. Je presse les mains sur mes oreilles. Ca ne suffit pas. VAS-Y, COGNE ! COGNE ENCORE ! COGNE PLUS FORT, VAS-Y ! Vite Nine Inch Nails, j'augmente le son comme si j'étais encore l'adolescente de quatorze ans comme si rien n'avait changé depuis, mais j'entends toujours la voix de mon père, il semble que cela n'a jamais été pire. OH BORDEL DE MERDE ! Mes mains tremblent, coup d'oeil à la fenêtre, briser la vitre créera-peut-être une diversion ? COGNE ! COGNE ! VAS-Y ! Des résonnances purement démentes. Et après ça on se demande d'où je tiens mes bizarreries.

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02 juillet 2006

Raven ra/êveuse

"Oh, toi, de toute façon, il suffit que tu entendes que quelque chose est interdit pour que tu y files aussi sec !"

Et pour corroborer à cette remarque pas si injuste sans doute de ma mère, ce week-end, Teknival. Un monde dont nous n'avons Angel et moi pas vraiment l'habitude. La foule grouillante rassemblée là pour la musique et pour l'ambiance, d'accord. Les chiens se faufilant par centaines dans tous les coins, aussi. La profusion de représentants de la loi, à la rigueur. Mais ces points musique sans musiciens, ces participants un peu plus piercés et vêtus de verts, moins de joints fumés au détriment d'autre chose, "tu veux des prods/vous cherchez des prods/vous savez où on trouve des prods ?" ce terme qui semble ici légion. Et puis la poussière, omniprésente, étouffante, irritant nos gorges et faisant finalement pleurer mes yeux autant qu'avec de la lacrymo.

Cela n'est pas grave. Certaines choses étaient de celles que l'on connaissait déjà et retrouvait avec plaisir, le contact facile, les rencontres imprévues, les échanges avec des inconnus, une fille à l'accent du Sud s'assoit au même coin d'ombre que nous, me prend la main, "tu as des ongles superbes, ils sont vrais ?" je ris de cette drôle de question. Le reste... la musique, je ne l'écouterais pas chez moi mais j'ai réussi à me laisser porter par la vague devant un de ces murs d'enceintes où dansaient des corps désarticulés par la défonce l'éclate et ces stromboscopes qui accentuent l'impression de ralenti presque irréel de la danse. La tek - tellement, tellement différent du punk. Là où ce dernier est social, ne tient que par et avec les autres, le trip tek est individuel, chaque personne enfermé dans les gesticulations du sien propre. Des scènes évoquant vaguement la possession, mouvements hallucinés comme autant de prosternation devant les sources de vibration. Des adeptes adorant un Dieu étrange, impalpable, et pourtant omniprésent dans les rythmes fastidieux et les écrans aux couleurs fluorescentes. Je n'ai pas de mal à comprendre pourquoi les psychotropes se consomment comme des Petits-Beurres dans cet univers. Psychédélique même sans cela.

Lorsque nous avons gagné la voiture pour tenter de dormir quelques heures avant le retour, le jour se levait.

Posté par Delhicat_Raven à 19:09 - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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