28 février 2007
Schüsselwörter
Longtemps que je ne m'y suis pas intéressée, à ceux-là, et la liste est particulièrement pimentée ce soir, aussi j'ai décidé de vous en faire profiter généreusement :
attaché au lit je me laisse faire
baise la poule (grands dieux ! qui peut bien chercher ce genre d'images ?)
blonde grassouillette (où ça ??)
cyclothymique (mais je vous EMMERDE d'abord)
d’où viennent les cheveux frisés des gens du sud
fille qui tient bouteille (no comment)
la vraie vie est ailleurs (tu m'étonnes)
le jour des fous
ne te laisse jamais avoir
putain obéissante (je vous réemmerde)
résumé situation initiale de Madame Bovary (ah, un peu de littérature, tout de même)
si on ne risque pas sa vie on ne la vit pas (sûr !)
tee-shirt masturbe-moi (mais où ? quand ?? POURQUOI ???)
Enfin, que cherchent les gens sur le Net ?
23 février 2007
Voyagez-vous
Je voudrais m'en aller.
Il faut voyager, vous savez. Il faut voyager toute sa vie, sans cesse, dès que l'occasion s'en présente, le plus loin et le plus longtemps possible. Il faut partir, il faut revenir, et puis repartir, il faut plonger dans des mers inconnues et escalader des volcans endormis, il faut se fondre dans le vacarme des grandes places du Sud à l'aube et au crépuscule, il faut se serrer dans un siège d'avion et se laisser porter par le bercement des trains, il faut vomir par-dessus le bastingage des bateaux et courir à toutes blindes à travers des rues inconnues. Il faut voyager non pas parce que cela forme la jeunesse comme dit l'adage, non pas pour s'amuser, pas même pour l'échappatoire, pas seulement. Il faut voyager parce que la vie est là.
Parce qu'on ne vit pas, la plupart du temps, savez-vous. On se contente d'exister, non, de survivre, l'être évolue dans un curieux monde fantomatique façon caverne de Platon, et cela n'a rien à voir avec la vraie vie, non. Heureusement, il y a des moments de grâce, des parenthèses, des coups de tonnerre où soudain on se retrouve projeté dans la Vraie Vie, rencontres aussi brutales qu'éphémères nichées au détour d'un carrefour, à travers les coups sourds de la batterie, parmi les volutes de fumées des blanches soirées, dans l'odeur âcre de la vodkacoca et au milieu des exclamations et gesticulations des conversations d'adolescents déjà sur le retour. Des instants de vie au milieu de la survie. La vie telle qu'on la conçoit, telle qu'on l'a toujours cherchée, telle qu'on la poursuivra probablement toujours.
Et les voyages en sont le point d'orgue, de ces exquises exceptions. Chaque fois que je suis partie j'ai eu cette impression de vivre vraiment, chaque fois, que j'aie apprécié la destination ou non, que le déplacement se soit déroulé sans encombres ou non, ce sont les seuls laps de temps où nous est offerte la possibilité de toucher la vie du doigt et la tenir au creux de sa paume émerveillée. Alors il faut voyager. Attraper des coups de soleil en roulant en vieille guimbarde à ciel ouvert sur celui des Iles, regarder la mer se précipiter vers vous à toute allure et puis refluer soudain en vous poussant toujours plus avant dans son mouvement, s'étonner devant la petite taille du Mur de Berlin, manger indien à Prague, chinois à Venise, italien à Budapest, monter jusqu'en haut du Vésuve et se reposer dans la fraîcheur dangereuse des squares de Naples, il faut sourire à des Marocains et causer avec des Athéniens, écrire des phrases de La Boétie devant San Pietro et réciter du Aragon aux heures où la bouche se fait pâteuse et le fond de l'air piquant, il faut tout voir et plus encore, il faut les orages les roues qui grincent et les chaussures qui soupirent d'avoir parcouru déjà tant de kilomètres et de n'être qu'au début de leur peine.
Il faut voyager parce qu'il faut vivre.
18 février 2007
Des insignes pour un trio
Sortie d'Absurde :
- Hey, toi, je t'ai vue à TTC !
- Euh non en fait c'était pas moi.
- Mais si, je t'ai vue, tu bondissais sur la scène au premier rang en...
- C'était pas moi, je te dis.
Un peu plus tard, après avoir marché ensemble dans la rue nous arrivons devant chez moi et nous apprêtons à prendre congé, quand le Prophète cherche dans sa poche mine de rien et dégaine comme un énigmatique prestidigitateur deux petites enveloppes en papier kraft fermées par une gommette rouge, semblables. Déstabilisées, Angel et moi tournons l'objet dans nos mains, chacune hésitant à l'ouvrir la première, avant de nous lancer, et à l'intérieur il y a un badge noir avec de grosses lettres ATHEEZ-VOUS, le même, celui que le Prophète porte également et qui a attiré mes yeux dès notre première rencontre. Nous nous regardons tous trois en cercle et en souriant, et à cet instant j'ai envie de leur dire à quel point je les aime tous les deux, à quel point je nous aime tous les trois. Mais sur un dernier signe de la main nous nous séparons.
14 février 2007
L'abus des Experts nuit gravement à la santé mentale
"Il s'est introduit chez elle par effraction, l'a frappée violemment pour la maîtriser, et il l'a attachée au lit, il l'a violée, il l'a étranglée, ensuite il a éjaculé sur la couverture et pour achever complètement de la dégrader il l'a disposée dans une posture de vamp"
Putain c'est vraiment horrible le monde de nos jours.
J'étais en train de glousser devant l'énormité de l'intitulé quand soudain quelque chose m'a agrippé les jambes, et je me suis mise à hurler, forcément. Imbécile de Chat qui est mon nouveau et unique compagnon de solitude pendant quelques temps, tu ne pouvais pas choisir un autre moment pour te livrer à une démonstration d'affection ?
Je suis si nerveuse ces temps que mon dos s'est bloqué.
09 février 2007
Ce soir c'est nuit blanche - demain c'est dimanche - certainement les meilleurs moments de notre existence
Manif, après-midi :
- J'ai trouvé une solution pour notre alcoolisme.
- Ah bon ???
- Ouais, cette fois-ci, on n'a qu'à prendre une bouteille de vodka d'un litre, et puis une bouteille de Coca de deux litres, puisqu'on est désormais trois - pour l'instant.
- Putain tu m'as fait peur, j'ai cru que tu voulais nous enjoindre d'arrêter de boire !!
- Non mais ça va bien oui ?
Plus tard, nous partons dans un grand débat philosophique et bruyant dans le tram sur Kant, Cioran, Sartre et Shopenhauer. En brandissant la bouteille comme il se doit. Puis nous nous trémoussons sur le même groupe que toujours, en hurlant au milieu des tièdes, et puis il y a un moment où tout devient un peu n'impôrte quoi, régulièrement une main saisit la mienne et je sais que c'est Angel bien sur, le chanteur appelle les filles sur scène, Angel me fait signe de ne pas y aller c'est dégradant faut pas et l'instant d'après on est en train de sauter à côté des enceintes sans que je m'explique pourquoi, les musiciens, le son, la sueur, tout est exactement comme cet Eté, on proclame qu'on aime les chattes, redescendue j'enlace un quelconque inconnu devant le Prophète décontenancé et il me glisse à l'oreille qu'il aimerait bien me faire l'amour mais que je suis trop jeune genre, et je suis heureuse si heureuse parce que j'ai encore l'âge qu'on me dise ce genre de trucs. Demain mêmec'est-à-dire dans quelques heures je dois me lever pour étudier Rousseau, en attendant sur le chemin du retour je regarde Angel qui tient l'autre bras du Prophète, on lui explique Hell Air. Nous traverserons le bac à sable, nous passerons devant la cathédrale, nous éviterons le commissariat, nous mangerons indien et ensuite enfin nous prendrons le pont. Jusqu'à la rue Saint-Nicolas, et nous nous poserons à l'Armagique avec de la vodka et pas mal d'entousiasme. et nous tombons d'accord sur Vivement l'Eté.
06 février 2007
Couvre-chef et curieux échanges
Le vendeur me demande si « je suis dans un trip Orange mécanique » avec tutoiement et clin d’œil à la clé comme si nous étions de vieux copains. Je répond machinalement que non - c’est simplement que je ne comptais pas sortir aujourd'hui donc ne me suis pas habillée, et quand j’ai réalisé que j’avais un besoin urgent de lentilles, j’ai mis n’importe quoi - sans oser lui demande ce qui motive cette comparaison, les restes de maquillage dégoulinant, le sang sur le pantalon ou juste le chapeau ?
Un peu plus avant dans la semaine, avec ce même chapeau, m’a interpellée un prof – non pas UN prof, mais LE prof toujours le même, celui qui est l’auteur de cette fameuse phrase « Moi, Racine, je m’en fous », celui qui m’a mis dix-huit, celui dont les cours ressemblent plus à une représentation théâtrale qu’à des cours, bref, le prof que je regretterai. « Sabina ! » Je souris avec perplexité. « Chaque fois que vous mettez ce chapeau vous me faites penser à Sabina, elle devait avoir le même » Qui donc est Sabina ? Ce n’est que bien plus tard que j’aurais la réponse à cette question. Sabina de L’Insoutenable Légèreté de l’Etre, de Kundera, bien sûr, on n’en sort pas. Elle possède effectivement un chapeau – et il s’agit d’un accessoire érotique, décliné de bien des façons dans l’œuvre. Je pique un fard à ce souvenir, et me félicite de n’avoir pas compris la référence sur le coup.
Le lendemain, ce même prof s’assoit sur l’Escalier à mes côtés et nous causons. « Vous avez un gros potentiel, vous savez, me dit-il. Vous donnez seulement l’impression de ne pas savoir très bien où vous voulez aller. » Et puis : « Vous êtes une passionnée de littérature, et c’est ce qui vous portera. » Mais : « Je pense que vous avez un peu trop tendance à vous servir du texte comme d’une barrière protectrice contre la réalité » Pourquoi suis-je aussi transparente, bon sang ? Je baisse les yeux sur mes mains crispées sur mon livre. « Vous savez, la vraie vie, ce n’est pas si mal… »
